Appel pour un cortège radical à la marche du 30 mai 2026
Révolutionnaires, depuis toujours
Les marches des fiertés LGBTI+ ne sont pas de simples défilés festifs. Elles naissent d’une histoire de violences, de répression et de résistances. Aux États-Unis, comme ailleurs en occident, les personnes LGBTI+ ont longtemps été ciblées, harcelées et violentées par la police dans les bars, les lieux de sociabilité et les espaces de rencontre. En juin 1969 à New York, lors de la descente de police au Stonewall Inn, des personnes présentes ont refusé de se soumettre et ont résisté. Cette riposte a déclenché plusieurs jours d’émeutes, devenues un symbole majeur de la lutte LGBTI+ aux États-Unis et bien au-delà. Les premières à s’opposer avec force ont été notamment des femmes trans racisées, des drag queens, de jeunes queers sans-abris et d’autres personnes marginalisées au sein même de nos communautés. Un an plus tard, le 28 juin 1970, a lieu la première marche pour commémorer cet événement et en faire un moment de revendications collectives et de visibilisation des luttes. Depuis, les Prides se sont diffusées dans de nombreux pays, pour la dignité des personnes transgenres, gouines, pédé, bisexuel.les, non-binaires, intersexes et toutes celles dont l’existence se refuse au cadre étroit et oppressif de l’hétéropatriarcat. Elles sont des espaces de joie, de visibilité et de célébration. Nous y affirmons le droit d’exister, d’aimer, de vivre sans peur, sans honte et sans discrimination mais aussi nos aspirations pour un monde plus juste. Aujourd’hui encore, les Prides sont – et doivent rester – à la fois festives et profondément politiques : elles célèbrent nos aîné.es qui ont refusé de se laisser humilier et ont transformé la colère en mouvement collectif. Elles rappellent que nos droits ont été conquis face à la répression policière et étatique.
Loin des paillettes, le bruit des bottes
Le capitalisme est en crise, les inégalités se creusent. La bourgeoisie se radicalise, elle alimente et utilise le racisme et le patriarcat pour détourner les travailleureuses de leurs intérêts. Dans ce système, les travailleureuses doivent produire et se reproduire, or les LGBTI+, de par leur existence, remettent en question le carcan hétéropatriarcal. Ainsi, la bourgeoisie assimile les LGBTI+ les plus aisés, (les bourgeois, les blancs, les hommes) et s’accommode des autres. Mais comme lorsqu’aujourd’hui elle doit renforcer son contrôle sur la classe prolétaire, alors elle n’hésite pas à réprimer tous les LGBTI+, en commençant par les plus précaires : les trans, les racisé·es, les handi·es, les prolétaires.
En 2026, certains États mènent encore des opérations policières visant spécialement à réprimer la communauté LGBTI+ comme en Russie ou en Indonésie. Dans 64 États du monde, les communautés LGBTI+ sont directement réprimées par la loi, dans 12 d’entre eux, l’homosexualité est passible de peine de mort. Les partis et gouvernements d’extrême droite, ennemis historiques des LGBTI+, gagnent en puissance.
Aux États-Unis, par exemple, les personnes trans sont particulièrement visées. Au Kansas, elles ont vu leur permis de conduire être désactivé par une loi transphobe, se retrouvant sans-papiers dans leur propre pays. Les personnes trans non-blanches sont ainsi encore plus exposées aux politiques racistes menées. La Cour suprême américaine s’est prononcée contre une loi interdisant les thérapies de conversion. Les programmes politiques de diversité, équité et inclusion (DEI) censés pallier des inégalités historiques ont été suspendus, les contenus LGBTI+ retirés des sites gouvernementaux, et des mesures encouragent désormais la délation des personnes se rendant coupables de « fausse identité de genre ». L’institut Lemkin parle même d’un risque de « génocide des personnes trans américaines ».
En Europe, le premier ministre Hongrois Victor Orban a interdit la Pride. En Italie, les couples homosexuels ne peuvent ni adopter, ni recourir à la PMA, y compris lorsqu’elle est réalisée à l’étranger.
Malgré toutes les attaques physiques, juridiques et idéologiques qu’elle mène contre nos communautés, la bourgeoisie a pourtant convaincu certains LGBTI+ par un discours homonationaliste, et islamophobe. En France, elle prétend que les ennemis des LGBTI+ seraient les personnes étrangères et en particulier les musulman·es. C’est cette même bourgeoisie qui refuse d’accueillir les LGBTI+ menacé·es de morts dans leur pays.
Les droits LGBTI+ sont bien souvent instrumentalisés par les Etats impérialistes et colonialistes à l’instar d’Israël qui utilise l’image d’une Tel-Aviv prétendument LGBT-friendly depuis des années dans une opération de pinkwashing pour tenter de légitimer son action génocidaire en Palestine auprès des membres des communautés LGBTI+ du monde entier.
Au Royaume-Uni, les femmes trans ont été récemment exclues de la définition légale du mot « femme » sous la pression de lobbies transphobes.
En France, le Sénat a voté la loi Eustache-Briniot, loi transphobe visant à interdire les transitions aux mineur·es. En parallèle, la Haute Autorité de Santé a repoussé la publication de ses recommandations sur les transitions des mineur·es sous la pression des lobbies transphobes. Par ailleurs, des thérapies de conversion sont encore pratiquées et les associations qui accompagnent à la vie affective et sexuelle – notamment des personnes LGBTI+ -, sont frappées par des baisses de subventions. Dans le même temps, des structures réactionnaires comme Familya sont subventionnées par les collectivités publiques – comme c’est le cas ici, à Orléans.
Les agressions LGBTIphobes se multiplient, parfois sous forme de guet-apens via les applications de rencontre LGBTI+, et parfois directement dans l’espace public. Les groupes d’extrême droite attaquent également les locaux des organisations LGBTI+ comme récemment à Lille, au Mans, ou encore à Maubeuge. Concernant ces attaques, il n’y a évidemment rien à attendre de la police, qui restera toujours dans son rôle de défense des intérêts de la bourgeoisie, bien qu’elle tente de paraître parmi les communautés LGBTI+ dans une répugnante tentative de pinkwashing (à la Pride de Paris par exemple). L’institution policière perpétue les discriminations contre nos communautés et les LGBTIphobies sont toujours bien présentes en son sein.
Ces attaques contre les personnes LGBTI+ s’inscrivent dans une stratégie impérialiste. La bourgeoisie renforce le contrôle des corps et militarise la société en ciblant d’abord les plus précaires. Elle s’est attaquée aux travailleuses du sexe (TDS) par les lois de 2016 contre le proxénétisme qui criminalisent le soutien matériel aux TDS et leur auto-organisation, lois racistes qui touchent tout particulièrement les TDS étrangères.
Elle s’attaque aux migrant·es en réduisant l’Aide Médicale d’État en 2019, et en recourant massivement à l’enfermement arbitraire des migrant·es dans les CRA comme celui d’Olivet à La Source.
Elle met en place « l’aide à mourir » pour les personnes qu’elle juge improductives : les handicapé·es et les psychiatrisé·es, comme au Canada ou en Belgique où le suicide assisté se substitue à un système de santé digne.
Être LGBTI+ est un facteur de précarité : c’est risquer de perdre son logement, son travail, son cercle social. Transitionner c’est aussi des dépenses médicales mal remboursées et une errance médicale. S’attaquer au RSA, à l’AAH, à la Sécurité Sociale, aux salaires, aux conditions de travail, s’attaquer aux travailleureuses c’est aussi s’attaquer aux LGBTI+.
Luttons au-delà de l’égalité
Aujourd’hui nous souhaitons continuer à honorer notre histoire et faire face à ceux qui menacent ou manipulent nos existences. Nous ne demandons pas une égalité théorique.
Nos luttes sont des luttes contre le contrôle des corps, contre les normes qui nous
assignent, nous disciplinent, nous isolent et nous rendent plus vulnérables.
Elles prennent ainsi tout leur sens en se liant aux luttes antiracistes, anti-impérialistes, anticapitalistes et antifascistes. Les violences qui frappent les personnes LGBTI+ ne sont jamais isolées : elles s’inscrivent dans des systèmes plus larges de domination.
C’est pourquoi nos revendications sont claires :
- Nous exigeons que cessent les politiques de contrôle des corps et des sexualités
- Nous combattons celleux qui souhaitent que nous vivions caché·es et dans la
peur et luttons contre les violences LGBTIphobies physiques, morales et
systémiques. - Nous exigeons des conditions matérielles d’existence dignes pour toustes, en
particulier celleux d’entre nous qui subissent des oppressions multiples. - Nous rappelons que l’institution policière est une source de violences et de
répression pour les personnes LGBTI+, racisé·es et précaires. - Nous refusons l’homonationalisme, le pinkwashing et toutes les formes
d’instrumentalisation de nos existences par des pouvoirs impérialistes et
coloniaux qui, sous couvert de nous défendre, renforcent en réalité le racisme, le
nationalisme, le capitalisme et l’ordre patriarcal. - Nous affirmons notre opposition à la militarisation de la société qui poussent à
transformer nos utérus en usines à bébés et nos enfants en chair à canon. - Nous luttons contre les violences enfantistes et la domination adultiste.
Spécifiquement, nous défendons les droits des enfant·es LGBTI+ et en particulier
trans et intersexes. Nous dénonçons la mainmise du corps médical, des parents
et des adultes en général sur le corps des enfant·es. - Nous luttons pour des transitions libres et gratuites pour toustes à tout âge, sans
juge ni psychiatre. - Nous luttons pour le tout-Sécu dans un système de soin par et pour les patients,
où le corps médical n’est plus une autorité de contrôle du corps des patients. - Nous luttons pour une revalorisation de l’AAH, du RSA, de l’allocation chômage
et du SMIC. - Nous luttons contre l’hétéropatriarcat qui ne sert que les intérêts capitalistes et
impérialistes en nous imposant une hiérarchisation sociale des sexes et une
vision productiviste de la sexualité.
Dans un contexte de fascisation et de militarisation, il ne suffit pas d’afficher une fierté abstraite : il faut faire du bruit, revendiquer, s’organiser et lutter. La Pride est politique parce que nos vies le sont.